Article rédigé le 26 septembre 2026 à destination des courtiers dont la demande de code a été refusée par un grossiste, ou dont le code vient d'être suspendu, et qui veulent comprendre le motif, le corriger et représenter un dossier recevable.

Un code courtier refusé est la décision d'un grossiste de ne pas référencer un cabinet candidat ; un code suspendu est le gel temporaire d'un accès déjà ouvert. Le motif tient le plus souvent au dossier réglementaire (ORIAS, RC Pro, Kbis, honorabilité) ou à l'historique de production, et se corrige par une pièce à jour ou une explication documentée.

Dans les deux cas, la réaction utile n'est pas de multiplier les candidatures ailleurs, mais d'identifier la cause exacte, de la corriger à la source et de représenter un dossier sans question ouverte. Si vous n'avez jamais déposé de demande, commencez par comment ouvrir un code courtier auprès d'un grossiste.

Refus, suspension, rupture : trois situations à ne pas confondre

SituationMomentCe qui est en jeuCadre applicable
Refus d'ouvertureAvant toute conventionPas d'accès aux produits ; aucun portefeuille concernéLiberté contractuelle (article 1102 du Code civil) ; aucune obligation de motiver
Suspension de codePendant la conventionAffaires nouvelles gelées ; le stock reste géréClauses de la convention (motifs, préavis, contradictoire)
Rupture de codeFin de la conventionFin de la relation, sort du portefeuille et des commissionsConvention et règles sur la rupture des relations commerciales

La rupture, avec sa procédure propre (préavis, contestation, transfert du portefeuille), est traitée dans rupture de code courtier : motifs, procédure, conséquences sur le portefeuille. Ici, nous restons sur le refus et la suspension, où le dossier peut encore être reconstitué.

Pourquoi un grossiste refuse-t-il d'ouvrir un code ?

Avant de référencer un cabinet, un grossiste vérifie qu'il a le droit d'exercer, qu'il est assuré et que son identité juridique est cohérente. Les sept motifs ci-dessous sont ceux du marché, sans ordre de fréquence.

1. ORIAS absent, en cours d'instruction ou non renouvelé

L'immatriculation à l'ORIAS conditionne le droit d'exercer (article L. 512-1 du Code des assurances). Un dépôt de demande ne vaut pas immatriculation : tant que le numéro n'apparaît pas sur le registre public en catégorie courtier (COA), aucun grossiste ne peut ouvrir de code. La FAQ de l'ORIAS précise qu'à compter d'un dossier complet, l'ORIAS dispose d'un délai réglementaire de deux mois pour se prononcer, que la commission d'immatriculation se réunit environ toutes les trois semaines hors période du 15 juillet au 31 août, et qu'une interrogation du casier judiciaire (bulletin n° 2) est effectuée au titre de l'honorabilité.

Le second cas, fréquent chez les cabinets installés, est le non-renouvellement : selon la même FAQ, l'inscription est valable jusqu'au 28 (ou 29) février et doit être renouvelée au plus tard le 1er mars de chaque année, à peine de radiation. Un cabinet radié n'a plus le droit d'exercer tant qu'il n'est pas réinscrit. L'ACPR rappelle par ailleurs que, depuis le 1er avril 2022, l'adhésion à une association professionnelle agréée est obligatoire pour les courtiers : sans elle, ni inscription ni renouvellement.

2. RC Pro absente, expirée ou insuffisante

L'article L. 512-6 du Code des assurances impose à tout intermédiaire une assurance de responsabilité civile professionnelle, à justifier à tout moment. Les plafonds minimaux de l'article A. 512-4, modifiés par l'arrêté du 29 octobre 2024, sont de 1 564 610 € par sinistre et 2 315 610 € par année. Trois défauts reviennent : une attestation périmée ; une attestation qui ne mentionne pas le courtage d'assurance ; des plafonds inférieurs aux minima sur des contrats anciens jamais réactualisés. Si le cabinet encaisse des primes ou des indemnités, la garantie financière de l'article L. 512-7 est contrôlée elle aussi.

3. Kbis ancien ou incohérent

Aucun texte ne fixe une durée de validité du Kbis vis-à-vis d'un grossiste ; l'usage retient trois mois. Le problème n'est pas l'ancienneté mais ce qu'elle cache : dirigeant différent de celui déclaré à l'ORIAS, siège différent de celui de l'attestation RC Pro, objet social sans courtage d'assurance, procédure collective, radiation du registre du commerce. La FAQ ORIAS rappelle que toute modification (dirigeant, dénomination, adresse, cessation) doit être déclarée à l'ORIAS dans le mois précédant la modification ou, au plus tard, dans le mois qui la suit.

4. Activité incompatible ou hors cible

Un grossiste peut refuser un cabinet en règle parce que son activité ne correspond pas à ce qu'il distribue ou crée un conflit d'intérêts : courtage accessoire à une autre activité (immobilier, automobile, patrimoine) ; cabinet lié capitalistiquement à un concurrent ou à un porteur de risque ; cible géographique ou produit hors gamme. Ce motif ne se conteste pas, mais il s'explique : une note d'une page sur le projet commercial, les cibles et les volumes attendus lève souvent le doute. Sur l'objet social, voir code courtier vs code APE.

5. Antécédents et honorabilité

L'article L. 512-4 du Code des assurances soumet les intermédiaires, leurs dirigeants et les responsables de l'activité d'intermédiation aux incapacités de l'article L. 322-2 : une condamnation définitive depuis moins de dix ans pour crime, ou à une peine d'emprisonnement ferme ou d'au moins six mois avec sursis pour l'une des infractions listées (escroquerie, blanchiment, faux, banqueroute, fraude fiscale, entre autres), ou une mesure définitive de faillite personnelle ou d'interdiction de gérer, interdit d'exercer, avec cessation d'activité dans le mois suivant la décision devenue définitive. Au-delà de cette incapacité légale, un grossiste apprécie librement d'autres éléments : sanction publiée par l'ACPR, fraude documentaire constatée par un autre partenaire, contentieux en cours avec un porteur de risque. L'absence de dispositif anti-blanchiment, parfois relevée à l'instruction, relève des obligations LCB-FT du courtier.

6. Dossier incomplet ou illisible

Pièce manquante, scan tronqué, attestation au nom d'une autre entité que celle du Kbis, RIB au nom du dirigeant plutôt que de la société, pièce d'identité expirée : un dossier incomplet appelle une demande de pièce ; un dossier incomplet et incohérent est souvent classé sans suite.

7. Sinistralité et qualité du portefeuille antérieur

Pour un cabinet qui a déjà produit ailleurs, le grossiste peut demander des relevés de production et regarder le taux de chute, les impayés, le rapport sinistres à primes et le taux d'incomplets. Un historique dégradé n'est pas une interdiction : on y répond avec des chiffres, une explication et un plan.

Quel motif appelle quelle pièce, sous quel délai, et se conteste-t-il ?

Motif de refusPièce ou action correctiveDélai réalisteContestable ?
ORIAS en cours d'instructionAttendre la notification, puis représenter avec l'attestation d'immatriculationJusqu'à deux mois après dossier complet ; pas de commission du 15 juillet au 31 aoûtNon : sans immatriculation, pas d'exercice
ORIAS radié (non-renouvellement)Réinscription complète : association agréée, RC Pro, capacité, frais d'inscriptionInstruction ORIAS ; interdiction d'exercer entre-tempsNon sur le fond ; la décision de radiation se conteste auprès de l'ORIAS
RC Pro expirée ou insuffisanteAvenant ou nouveau contrat aux plafonds de l'article A. 512-4 ; attestation datée mentionnant le courtage d'assuranceQuelques jours à quelques semainesNon ; une erreur de lecture se rectifie
Kbis ancien ou incohérentKbis récent ; mise à jour au greffe et sur la session ORIASImmédiat à quelques semainesNon
Activité incompatibleNote de présentation du projet ; objet social modifié si nécessaire ; grossiste adapté à l'activitéVariableNon (liberté contractuelle) ; s'explique
Antécédents, honorabilitéIncapacité légale : aucune ; sinon note documentée, extrait de casier, décision de l'autorité, mesures prisesVariableSur incapacité : non ; sur appréciation : dialogue possible
Dossier incompletCompléter, nommer les fichiers, vérifier la cohérence des dénominationsImmédiatSans objet
Sinistralité antérieureRelevés, explication des causes, plan d'action, gamme volontairement restreintePlusieurs mois d'historique corrigéNon ; se négocie (période probatoire, gamme restreinte)

Qu'est-ce qui se conteste, et qu'est-ce qui ne se conteste pas ?

Le refus lui-même, en principe non. L'article 1102 du Code civil dispose : « Chacun est libre de contracter ou de ne pas contracter, de choisir son cocontractant et de déterminer le contenu et la forme du contrat dans les limites fixées par la loi. » Aucun texte du Code des assurances n'oblige un grossiste à référencer un cabinet ni à motiver sa décision. Principale limite : un refus fondé sur un critère discriminatoire prohibé par les articles 225-1 et 225-2 du Code pénal ; plus rarement, le Code de commerce sanctionne aussi l'exploitation abusive d'un état de dépendance économique (article L. 420-2). En dehors de ces cas, la voie n'est pas le contentieux mais la correction du dossier.

Ce qui se rectifie. Attestation mal lue, homonymie au casier judiciaire, Kbis chargé dans la mauvaise rubrique, plafonds RC Pro en page 2 : un e-mail précis, avec la pièce et la ligne à lire, suffit.

Ce qui se conteste réellement. La radiation du registre ORIAS : la note de l'ORIAS sur le fonctionnement du registre unique indique, pour la radiation liée à l'honorabilité, que l'intermédiaire est invité à présenter ses observations par écrit avant que la commission d'immatriculation ne statue, la décision étant notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception ; la FAQ ORIAS ajoute que la radiation est notifiée sous quinze jours et qu'une réinscription reste possible si les conditions sont réunies. Et la suspension en cours de convention : c'est la convention, pas le Code des assurances, qui fixe ce que le grossiste peut faire et dans quelles formes.

Ce qui se négocie. Sinistralité, activité, périmètre : période probatoire, gamme restreinte au démarrage, plan de production ou co-courtage sont les réponses habituelles à un refus commercial.

Comment reconstituer et représenter un dossier en cinq étapes ?

  1. Obtenir le motif par écrit. Un e-mail suffit : quelle pièce, quel point.
  2. Auditer les trois pièces socles. ORIAS : numéro visible sur le registre public, catégorie COA, renouvellement de l'année effectué, dirigeants identiques à ceux du Kbis. Kbis : moins de trois mois, objet social mentionnant le courtage d'assurance, aucune procédure collective, adresse identique aux autres pièces. RC Pro : attestation de l'année en cours, au nom exact de la société, mention du courtage d'assurance, plafonds au moins égaux aux minima de l'article A. 512-4, plus l'attestation de garantie financière si le cabinet encaisse des fonds.
  3. Corriger à la source. Changement de dirigeant : greffe puis session ORIAS. Plafond insuffisant : avenant chez l'assureur RC Pro et nouvelle attestation datée. Objet social lacunaire : décision des associés. Une explication ne remplace jamais la pièce.
  4. Rédiger une note de représentation d'une page. Motif initial, ce qui a changé et à quelle date, liste des pièces jointes datées et, pour un motif de sinistralité ou d'activité, les mesures prises (contrôle des incomplets, prélèvement systématique, gamme ciblée). Nommez les fichiers lisiblement (« RCPro-2026.pdf », « Kbis-2026-09.pdf »).
  5. Représenter au bon endroit. Chez le même grossiste, indiquez que le dossier est complété à la suite de son retour daté. Chez un autre, présentez un dossier propre dès le départ : un dossier bancal envoyé à cinq grossistes produit cinq refus pour la même raison.

Code suspendu en cours de convention : que faire ?

La suspension gèle les affaires nouvelles ; les contrats déjà placés restent gérés et les commissions sur l'encours restent dues selon la convention. Relisez d'abord la clause de suspension : motifs prévus, forme de la notification, durée, conditions de levée, procédure contradictoire.

Les motifs habituels sont mécaniques (attestation RC Pro non transmise au renouvellement annuel, ORIAS non renouvelé au 1er mars, Kbis expiré dans les dossiers du grossiste) et la pièce à jour lève la suspension. Les motifs qualitatifs (incidents documentaires, impayés, taux de chute, suspicion de fraude) demandent une réponse écrite, chiffrée et datée. Demandez la notification écrite du motif et de la durée, produisez les preuves, puis exigez une confirmation écrite de la levée. Si la suspension se prolonge sans motif ou se transforme en fin de relation, vous entrez dans le champ de la rupture de code.

Quelles alternatives pendant la régularisation ?

Le co-courtage avec un cabinet référencé. Solution transitoire quand le motif est commercial ou qu'une pièce tarde : un confrère qui dispose du code porte le placement, et une convention écrite fixe le partage de commission, le titulaire du devoir de conseil et la durée. Modèles et clauses sont décrits dans co-courtage : comment monter une affaire à plusieurs courtiers. Condition absolue : le cabinet apporteur reste immatriculé et assuré ; un cabinet radié ne peut pas intervenir en co-courtage.

Un autre grossiste. Pertinent si le motif est propre au premier (gamme, cible, conflit d'intérêts), inutile s'il est réglementaire. Les critères de choix sont dans les critères pour choisir un courtier grossiste.

Mettre le temps à profit. Pendant une instruction ou une réinscription, le cabinet peut structurer sa conformité et avancer sur sa formation DDA, par exemple via Tutassur Academy.

Ce qui n'est pas une alternative. Exercer sans immatriculation, ou faire passer ses affaires sous le code d'un confrère sans convention de co-courtage (le prête-nom), expose les deux cabinets : sanction pour l'un, fermeture de code pour l'autre.

Comment Tutassûr instruit une demande de code ?

Tutassûr, courtier grossiste immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730 et soumis au contrôle de l'ACPR, instruit les demandes en ligne sur parcours-odc.tutassur.fr, en quatre étapes : candidature, vérification des pièces (attestation ORIAS, Kbis, attestation RC Pro), signature de la convention de partenariat, accès à l'extranet. Un dossier dont une pièce manque ou n'est pas conforme peut être complété puis représenté : un cabinet refusé ailleurs pour une attestation périmée ou un Kbis ancien peut candidater une fois la pièce corrigée. Aucun minimum de production n'est exigé pour démarrer et la convention ne contient pas d'exclusivité de cabinet. Pour un cabinet qui se lance, le parcours complet est décrit dans se lancer comme courtier en assurance en 2026.

Sources officielles

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Cet article a une visée d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Les montants et délais cités sont ceux publiés à la date de rédaction et peuvent évoluer ; chaque grossiste conserve sa propre politique d'instruction. Vérifiez votre situation auprès de l'ORIAS, de votre assureur RC Pro et, si nécessaire, d'un conseil habilité.

Questions fréquentes

Un grossiste peut-il refuser d'ouvrir un code sans donner de motif ?

Oui. L'article 1102 du Code civil pose la liberté de contracter ou non et de choisir son cocontractant, et aucun texte du Code des assurances n'oblige un grossiste à référencer un cabinet ni à motiver son refus. Un refus fondé sur un critère discriminatoire prohibé reste toutefois sanctionnable. En pratique, demander le motif par écrit reste utile : il oriente la correction du dossier.

Combien de temps attendre avant de représenter un dossier refusé ?

Aucun délai légal ne s'applique : tout dépend du motif. Une pièce manquante se complète immédiatement. Un ORIAS en cours d'instruction impose d'attendre la notification, l'ORIAS disposant de deux mois à compter d'un dossier complet. Une RC Pro insuffisante se corrige dès l'avenant obtenu. Un motif lié à la sinistralité ou aux antécédents demande de documenter les mesures correctives avant de revenir.

Quelle différence entre refus, suspension et rupture de code ?

Le refus intervient avant toute convention : le grossiste ne référence pas le cabinet. La suspension survient pendant la convention : l'accès aux affaires nouvelles est gelé, le stock reste géré. La rupture met fin à la convention, avec préavis et sort du portefeuille à régler. Les deux premières situations se traitent par la correction du dossier ; la rupture obéit à une procédure propre.

Un refus chez un grossiste bloque-t-il les autres grossistes ?

Juridiquement, non : chaque grossiste instruit son propre dossier selon ses critères. En revanche, les causes objectives d'un refus (ORIAS non actif, RC Pro non conforme, incapacité au sens de l'article L. 322-2 du Code des assurances) se retrouveront partout. Corriger le dossier avant de multiplier les candidatures évite d'accumuler des refus pour la même raison.

Quelles pièces Tutassûr demande-t-il pour ouvrir un code ?

Les pièces vérifiées à l'instruction sont l'attestation ORIAS, le Kbis et l'attestation RC Pro. La candidature se dépose en ligne sur parcours-odc.tutassur.fr et suit quatre étapes : candidature, vérification ORIAS / Kbis / RC Pro, signature de la convention de partenariat, accès à l'extranet. Aucun minimum de production n'est exigé pour démarrer et la convention ne contient pas d'exclusivité de cabinet.

Le co-courtage est-il une solution le temps de régulariser ?

Oui, à une condition : rester immatriculé à l'ORIAS et assuré en RC Pro. Un confrère déjà référencé porte alors le placement, dans le cadre d'une convention écrite de co-courtage qui fixe le partage de commission et le devoir de conseil. Si le cabinet est radié du registre, aucun montage ne permet d'exercer : la seule voie est la réinscription.

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À propos de l'auteur

Tutassûr

Courtier grossiste en assurance